Des décisions qui coulent de source

Entreprise humaine

En 2001-2002 un des employés de Diadème a partagé son temps
entre l'informatique et les missions humanitaires

Conjuguer disponibilité pour partir faire des missions humanitaires d'urgence et impératif économique d'une petite PME d'informatique, est-ce contre les règles grammaticales du marché ? A priori, avant d'être embauché chez Diadème, ma réponse eût été affirmative. Sauf que.

Pendant les deux ans où j'ai travaillé dans cette société de développement informatique, j'ai passé plus de dix mois au siège ou sur les missions de Médecins sans Frontières. Qu'est-ce qui permet à une petite société de libérer un de ses employés, à l'improviste, pour partir en congé sans solde pour une durée plus ou moins déterminée ? Probablement une volonté des associés de Diadème et de ses employés, en l'occurrence ce sont les mêmes, ceci facilitant peut être cela.

Donc profitant de cette occasion plutôt originale, je vais essayer de vous faire partager brièvement ces expériences.

Août 2001 : je découvre le Libéria

L'objectif de la mission : tester un nouveau système léger de
traitement d'eau pour les structures de santé de MSF

Transport de compétences ?

On peut s'interroger à juste titre, sur les services que peut rendre un informaticien au Libéria dans un contexte de crise. Pour cela il vous faut un peu plus d'explication.

Comme vous avez pu le constater en parcourant ce site, Diadème développe entre autres des logiciels destinés aux métiers liés à l'eau. Pour ma part j'ai une formation dans ce domaine, et c'est ce type de compétence que j'utilise sur le terrain.
Cependant, il faut faire remarquer qu'à l'exception peut-être des professions médicales, il est très difficile de transposer un métier dans un pays où le contexte, la culture et la situation de crise rendent les choses très différentes.

En effet, il n'est pas prioritaire de faire une étude hydraulique et biologique approfondie quand l'objectif est de fournir au plus vite 5 litres d'eau par jour et par personne à l'ensemble d'un camp de réfugiés. Néanmoins les connaissance théoriques sont très utiles pour anticiper les problèmes et faire fonctionner son bon sens de manière plus pertinente, par exemple savoir qu'un tuyau de diamètre supérieur à la sortie d'une pompe va soulager cette dernière et non l'inverse n'est pas toujours intuitif. Mais le simple bon sens reste dans ce type de situations l'outil principal à utiliser sans modération, les compétences locales et l'expérience des personnes du cru sont également des atouts précieux et indispensables.


Le Libéria c'est ...

  • 2 930 000 habitants ;
  • 97 750 km² (dont la moitié de forêt tropicale) ;
  • espérance de vie moyenne (1989-94) : 53 ans ;
  • plus de douze ans de guerre ;
  • beaucoup de malnutrition, principalement infantile et qui peut se généraliser à toute la population lors de déplacements forcés dus aux combats ;

Diverses maladies dont la guerre empêche d'établir l'impact exact, mais citons tout de même :

  • le paludisme (première cause de mortalité au monde malgré l'existence de médicaments efficaces),
  • la tuberculose,
  • le sida

et diverses maladies liées à l'eau :

  • le choléra,
  • la shigellose,
  • la bilharziose
  • etc.

Mais aussi

Des plages de sables blanc (et bien oui, on a parfois des week-end dans l'humanitaire).
Un pays qui a été fondé par des esclaves américains affranchis.
Une culture forte d'un peuple qui n'a jamais été colonisé.

Et surtout

Des gens formidables, accueillants, travailleurs, avec un franc-parler, ouverts et curieux des autres.


En juin 2002, je découvre l'Angola


Une famine a entraîné une vaste intervention de Médecins Sans Frontières. Pour la seule province de Huambo (l'Angola compte onze provinces) MSF a accueilli plus de huit mille enfants en traitement pour la malnutrition sévère. C'est donc une famine d'une grande ampleur qui vient de se dérouler.

L'Angola c'est

  • 2 930 000 habitants ;
  • 1 247 000 km² ;
  • Espérance de vie moyenne : 47 ans (1989-94) ;
  • Plus de vingt sept ans de guerre ;
  • Un pays miné (environ 400 000 mines anti-personnel et anti-tank) ;
  • En paix depuis le 4 avril 2002, suite à la mort d'un des belligérants John Savimbi ;
  • Un pays qui vient de subir une famine, suite aux deux dernières années de guerre, particulièrement intense où les deux parties en conflit ont déplacé de force les populations, soit pour les utiliser comme bouclier humain, soit pour affamer la partie adverse ;
  • Une population qui souffre toujours de la faim, du manque cruel d'accès aux soins ;
  • Une situation critique car les semences ayant partiellement ou pas du tout été distribuées, la famine peut réapparaître dans les mois qui viennent.

Mais aussi

Des paysages magnifiques : savanes à pertes de vues où se dressent de massifs blocs de granit ;
Une multitude d'ethnies, de langues et de cultures ;
Un pays qui ne demande qu'à vivre en paix

Et surtout

Des gens formidables.

Au-delà de l'indispensable action d'urgence

MSF mène des actions à plus long terme voire plus « politiques ».

Si voir mourir de faim une personne est une des choses les plus révoltantes, les inégalités d'accès aux soins dans le monde m'apparaissent également intolérables au XXIème siècle.

Le paludisme reste la maladie la plus mortelle (environ un million d'enfants par an décède du fait de ce parasite), pourtant les médicaments existent, mais ils sont trop chers pour ces populations (mais pas très chers pour nous : un traitement à l 'Artesunate contre le palu ne coûte pas plus de 15 euros).

Le Sida, la tuberculose sont d'autres exemples de maladies qui pourraient être traitées et qui ne le sont pas, faute de moyens.

Ces quelques lignes sont une réaction spontanée et émotive à ce que j'ai pu constater lors de mes missions.

Pour une réflexion plus approfondie sur ce thème vous pouvez visiter le site de
MEDECINS SANS FRONTIERES.